L’allaitement n’a pas été un choix pour moi, ce fut une évidence. Je ne me suis jamais posé la moindre question à ce sujet, j’allaiterais. Je savais néanmoins que l’allaitement, s’il est naturel et théoriquement instinctif, demandait une certaine préparation, ne serait-ce que pour combattre les idées reçues et fausses informations. C’est ainsi que j’ai occupé quelques pauses déjeuner durant ma grossesse à dévorer les témoignages d’allaitement de Mother Earth. J’y ai appris plein de petites choses, dont la plus importante: ne jamais se décourager. Même si tout semble aller de travers, même si les débuts sont difficiles, ça ne veut pas dire que ce sera impossible.
C’est donc pleine d’optimisme que j’ai donc envisagé la chose, et pleine d’optimisme que je me suis dit que les premières difficultés n’étaient que temporaires. En raison de son retard de croissance, Hobbit devait impérativement manger toutes les 3 heures. Soit huit fois par jour minimum. Minimum parce que si jamais elle réclamait entre deux tétées « imposées » il était hors de question de la faire attendre.
Dans les faits, Hobbit ne rêvait que d’une chose durant ses premiers jours de vie: pioncer sur l’un de ses parents, se coller bien au chaud et roupiller comme une bienheureuse. Il était parfois impossible de la réveiller en pleine nuit pour qu’elle tète. J’ai donc appris toutes les techniques possibles pour me traire dans une petite cuiller et la faire boire dans son sommeil. Croyez-le ou non, cette activité peut être super sportive quand vous ne rêvez que d’une chose: dormir plus de 3 heures d’affilée! Après quelques petits réglages au niveau des placements – et une nette préférence de mademoiselle pour la position dite du ballon de rugby – tout roulait suffisamment bien pour rentrer chez nous, à trois.
Le retour fut tumultueux. La sage-femme envoyée par l’HAD au lendemain de notre retour était… comment dire ça poliment… une grosse conne. A peine avait-elle sorti trois phrases (toutes trois critiques) que Lui voulait la mettre dehors (à juste titre). J’ai réussi à rester zen jusqu’à ce qu’elle s’attaque à l’alimentation de notre fille: « Mais vous allaitez exclusivement? C’est de l’inconscience avec un si petit bébé! La maternité ne vous a pas forcé à la complémenter? » Non, pas une seule fois, le personnel étant formé à l’allaitement et ne cherchant pas à gaver des bébés qui grossissent parfaitement au sein. C’est ce qu’on appelle une maternité Amie des Bébés, un concept qui semble encore malheureusement étranger à pas mal de personnes. Résultat, j’ai laissé Lui exercé son terrible courroux sur cette… toujours poliment …grosse conne, et hop dehors, adieu, adios, tchao !
Le lendemain, nous avions une nouvelle sage-femme, qui ne cherchait pas à nous faire acheter une boîte de lait artificiel « au cas où » et nous rassurait sur la courbe de croissance de Hobbit.
Pendant un mois, nous avons maintenu le rythme de la tétée toutes les trois heures, jusqu’à ce que le pédiatre nous donne le feu vert pour faire du véritable « à la demande » (et dormir la nuit!) Pendant deux mois, j’ai scrupuleusement noté toutes les tétées sur une application iPhone, pour « justifier » que je nourrissais bien Hobbit si jamais elle ne prenait pas assez de poids. J’étais devenue accro, je me rappelle d’un matin où j’ai un peu craqué au réveil, ayant noté sur l’application une tétée nocturne dont je n’avais aucun souvenir. Dans un demi sommeil, j’avais du couper le réveil, noter 5 minutes de tétées, laisser Hobbit roupiller tranquille et me rendormir immédiatement.
J’ai parfois douté, quand elle se réveillait au milieu de la nuit en hurlant de faim, je me demandais si mon lait était assez nourrissant. Quand elle se tordait dans tous les sens parce que j’avais mangé un soupçon d’oignon, j’ai culpabilisé. J’ai parfois eu envie de lui donner un biberon parce que du fond de ma fatigue, ça me semblait être le mieux pour elle. Mais j’ai la chance d’avoir un Lui qui me soutient à 200% dans cette aventure, et qui m’a toujours rassurée quand je faiblissais.
Puis un jour, j’ai laché du lest, et ai pris confiance en ma capacité à faire grandir un bébé. Je ne dirais pas que ma vie a changé, mais l’allaitement est devenu beaucoup plus cool. D’un commun accord avec Hobbit, nous avons décidé que les meilleures tétées se faisaient allongées l’une contre l’autre, comme nos tétées nocturnes. La team feignasse prenait son rythme de croisière!
On me demande parfois combien de temps je compte allaiter notre fille. Je n’en sais rien. Tant que ça marche, tant que tout se passe bien pour elle et moi, tant qu’elle en ressent le besoin. Pourquoi changer quelque chose qui fonctionne parfaitement?
Depuis quelques jours, je relève un nouveau défi: apprivoiser le tire-lait au bureau, et continuer l’allaitement à la demande les soirs et week-ends. C’est une toute autre organisation, qui fera l’objet d’un autre billet quand j’aurai un peu plus de recul. Mais si j’avais un premier bilan à faire, je dirais que je ne regrette pas une seule seconde ce choix. Les grands yeux de Hobbit se noyant dans les miens, sa petite main caressant doucement mon bras, les petits bisous que je dépose doucement dans ses cheveux durant nos tétées, ce sont nos moments, des moments uniques qui me font fondre à chaque fois!
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